Loustal expose à Pleyber-Christ. Un été de voyages, d'encres et de couleurs

15 juin 2026

Un article de Marjolaine Tanguy pour Unidivers

Du 1er juillet au 31 août 2026, la Salle Anne de Bretagne, à Pleyber-Christ, consacre une exposition à Jacques de Loustal, figure majeure de l'illustration contemporaine. Près de quarante œuvres, entre huiles sur toile, fusains, encres de Chine et aquarelles, composent un parcours sensible dans l'univers d'un artiste pour qui le voyage, la lumière et le cinéma intérieur des paysages demeurent des matrices essentielles.

Loustal aime suspendre le temps. Une façade blanche sous un ciel trop bleu. Un phare découpé dans la lumière. Une silhouette arrêtée au bord d'une piscine, d'une terrasse, d'une route ou d'un port. Une architecture muette, une voiture immobile, un horizon qui semble attendre quelque chose. Ses images paraissent simples au premier regard, presque évidentes. Elles ouvrent pourtant sur une profondeur romanesque. Elles racontent moins une action qu'un climat. Moins une anecdote qu'un état du monde.

À Pleyber-Christ, l'exposition Loustal, un été de voyages et de couleurs invite à parcourir cette œuvre aux frontières de la bande dessinée, de l'illustration, de la peinture et du carnet de voyage. Imaginée en partenariat avec la Galerie Huberty & Breyne, elle réunit une quarantaine de pièces et permet d'approcher plusieurs facettes d'un travail développé depuis plus de quarante ans.

Un fixeur des atmosphères

Né en 1956, Jacques de Loustal commence à publier à la fin des années 1970, alors qu'il est encore étudiant en architecture. Cette formation n'est pas anecdotique. Elle marque durablement son regard. Chez lui, les lieux ne sont jamais de simples décors. Ils structurent l'image, en organisent le silence, la perspective, la densité. Murs, escaliers, façades, balcons, routes, hôtels, ports ou bâtiments isolés composent une géographie mentale où chaque ligne semble chargée de mémoire.

Ses premières illustrations paraissent dans Rock & Folk, où il rencontre le scénariste Philippe Paringaux. Leur collaboration donnera naissance à plusieurs bandes dessinées publiées dans Métal Hurlant puis dans (À suivre). Ensemble, ils signent notamment Barney et la note bleue, Cœurs de sable, Kid Congo ou Le Sang des voyous. Ces titres disent déjà quelque chose de l'univers Loustal, peuplé d'échos musicaux, de tropiques mélancoliques, de polars intérieurs, de sensualité retenue et de dérives existentielles.

Au fil du temps, Loustal impose une esthétique à part. Il ne cherche ni l'hyperréalisme ni la virtuosité démonstrative. Il travaille plutôt la présence, la couleur, l'ellipse, l'atmosphère. Son art semble venir du cinéma, mais d'un cinéma ralenti, arrêté juste avant ou juste après l'événement. Il y a dans ses images quelque chose d'Edward Hopper, pour le silence des figures et des architectures, quelque chose du roman noir, pour les situations latentes, et quelque chose du carnet de voyage, pour la capture presque physique de la lumière.

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