Présentation

Rares sont ceux qui peuvent se targuer d'avoir fait école. C'est le cas de Jacques Martin qui, avec le grand maître Hergé et l'énigmatique Edgar P. Jacobs, est l'un des trois principaux représentants de celle dite « de Bruxelles ». Adepte d'une ligne claire et d'une documentation abondante, il est le père de la Bande Dessinée historique. Il a mené l'intrépide Alix aux quatre coins de l'Empire romain pour la plus grande gloire de César. Il a aussi fait voyager le sculpteur Jhen au coeur d'un Moyen-Âge obscurantiste, où le jeune homme a souvent croisé Gilles de Rais, un ami toumenté. Quant au reporter Lefranc, transposition moderne d'Alix, il n'aura de cesse de lutter contre sa némésis, Axel Borg.
Passionné très jeune par le dessin et l'Histoire, Jacques Martin s'oriente, contraint et forcé par son entourage, vers les Arts et Métiers, alors qu'il rêvait des Beaux-Arts. Qu'importe : il en retiendra, entre autres, un sens inné de la perspective, ainsi qu'une rigueur qui deviendra petit à petit source de grande fierté et de respectabilité. Créateur insatiable, Jacques Martin est également l'un des plus importants collaborateurs d'Hergé au sein des studios qui portent son nom.
Aux côtés de Bob De Moor ou encore Roger Leloup, il a oeuvré dix-neuf ans à la droite du pionnier de la Bande Dessinée, à la fois pour la réalisation de certaines illustrations du journal Tintin, mais également pour celle des dernières aventures du reporter.
A la fin de sa carrière, bien que pratiquement aveugle, Jacques Martin est encore doté d'un enthousiasme déroutant. Il s'est entouré d'une équipe de scénaristes et de dessinateurs avec laquelle il mène ses héros vers de nouvelles aventures.

Biographie

Né en 1921 à Strasbourg.

Jacques Martin est un des plus grands noms de la bande dessinée classique d'après-guerre.

Adolescent, il est fasciné par les tableaux du Titien et de Piranese, il dévore Bibi Fricotin et Zig et Puce. Il développe également une passion qui ne le quittera jamais pour les grands textes et les grands personnages de l'Histoire. Après des études contrariées d'ingénieur à l'Ecole des arts et métiers d'Erquelinnes, en Belgique, le jeune homme qui aurait rêvé des Beaux-Arts est affecté pendant la guerre au titre du service du travail obligatoire aux usines Messerschmitt, à Augsbourg. A son retour, il collabore à des hebdomadaires belges pour la jeunesseet se tourne vers le tout nouveau magazine Tintin en 1948. Là, il rejoint les autres monstres sacrés que sont Hergé, Edgar P. Jacobs et Bob De Moor.

Fort de sa passion et de ses connaissances historiques, Martin donne naissance dans ce magazine à Alix l'Intrépide, le fils d'un chef gaulois adopté par un centurion romain. Le succès est tel que Martin va poursuivre la narration de ce personnage tout au long de sa vie. Puis vient Lefranc. Jacques Martin y pense au cours d'un voyage dans les Vosges où il découvre une ancienne rampe de V1 (missiles allemands) laissée en l'état, préparée pour attaquer Paris, et mijote un scénario politico-catastrophique, La Grande Menace, dans lequel se démène un reporter un peu chevalier sans peur et sans reproches, blond comme Alix et baptisé Lefranc en écho aux Francs...

En 1952, le premier album de Guy Lefranc  est un immense succès. Son éditeur et ses lecteurs réclament de nouvelles aventures. Pour les réaliser, Martin fait appel à  Bob De Moor, puis Gilles Chaillet et Christophe Simon. Parallèlement, Hergé demande à Jacques Martin d'intégrer le Studio Hergé et de le seconder avec Roger Leloup sur certains albums de Tintin. Il y reste dix-neuf ans, pendant lesquels il enrichit scénario et décors de L'Affaire Tournesol, Coke en stock, Tintin au Tibet, Les Bijoux de la Castafiore et Jo, Zette et Jocko.

Bourreau de travail, il crée également d?autres personnages ancrés dans l?histoire tels que Jhen (la guerre de Cent Ans), Arno (période napoléonienne), Keos (Egypte ancienne), Orion (antiquité grecque) et Loïs (Louis XIII). Il dirige également la réalisation de livres illustrés consacrés à des villes comme Lutèce et Athènes et publie aussi des croquis de voyages de ses personnages. Au total, Jacques Martin a cosigné plus d'une centaine d'albums, vendus à 15 millions d'exemplaires, traduits en plus de dix langues, dont le latin et formé de nombreux auteurs classiques, scénaristes et dessinateurs.