PARIS | CHAPON

26 février > 28 mars 2026

Présentation

Treize ans après Le sens de la vie et ses frères (2008), Eric Veillé publie le Sens de la vie et ses petits (2024 aux éditions Cornélius). «Je l'ai ouvert et je l'ai acheté tout de suite». Cette déclaration autocollante de Philippe Katerine, chantre de l'absurde s'il en est, nous promet un certain régal sous le blister de ce second volume. Comme son aîné, celui-ci est au format des carnets Moleskine dans lesquels Eric Veillé consigne les choses vues et entendues à la manière d'un Georges Perec. Mais là où l'écrivain s'attelait à une Tentative d'épuisement d'un lieu parisien, Eric Veillé se livre à une nouvelle une tentative d'épuisement de l'ennui, où l'absurde côtoie la poésie, où la mélancolie affronte le cynisme.

La galerie Huberty & Breyne est heureuse d'accueillir Le sens de la vie, la première exposition d'Eric Veillé dans son espace Paris | Chapon-21, du 26 février au 28 mars 2026. À travers une sélection de planches originales (dans tous les sens du terme) et de dessins inédits, l'exposition nous invite à observer la finesse des traits de plume et d'esprit de l'artiste.

Dans les deux volumes du Sens de la vie, une même construction : sur la page de droite, une planche composée de six cases fait face à une page blanche, à gauche, au milieu de laquelle se perd un dessin minuscule fait de créatures hybrides en tout genre (homme-fesse, femme-plante, caillou aux jambes élancées). Le trait d'Eric Veillé est précis et minutieux. Sa «ligne claire», minimaliste et sobre s'installe dans ce cadre strict que le propos décalé vient fissurer. La pointe fine de son stylo fait également des pas de côté. Entre deux planches, la ligne claire est détournée, le dessin sort de sa case pour nous offrir une pleine page à la végétation luxuriante, une fausse planche anatomique détaillant les écailles de poissons aux «noms d'oiseaux» ou un décor pointilliste à nous faire vibrer la rétine. Eric Veillé bouscule son dessin comme la réalité. Son personnage, double romanesque un peu paumé derrière ses lunettes carrées, se fait reporter de l'à-peu-près, scientifique ou sociologue approximatif, philosophe (plus proche d'un Jean-Sol Partre à la Vian que de l'autre) et se livre à un protocole rigoureux : écouter, regarder, conserver les choses entendues dans des boîtes hermétiques qui ferment mal puis, dans une écriture semi-automatique, laisser les mots se déformer, les propos se métamorphoser et le langage dérailler. Entre les cases, le surnaturel s'invite sans prévenir, l'absurde se glisse entre les wagons du train-train quotidien que l'artiste dépeint. Le banal devient bancal, on traverse un monde où les gens portent une moustache à la place d'un prénom, où une femme se sépare du père de ses ennuis, où «l'essence» de la vie est un carburant absurde tordant le cou à la rigidité de nos vies adultes. Quelque part entre Glen Baxter, Boris Vian et Samuel Beckett, Eric Veillé enlève les rambardes pour mieux filer la pente dans une logique vacillante, un sérieux saboté. Le sens de la vie sous la plume d'Eric Veillé semble une voie sans issue. S'il y a un panneau, il est mal orienté. Alors l'artiste s'amuse à imaginer d'infimes déviations, des lignes de fuite du quotidien. Texte et dessin dialoguent jusqu'à l'effondrement du langage, laissant affleurer un sentiment de vide métaphysique - comique, absurde, et étrangement consolant. Il s'empare de la bande dessinée comme matériau poétique, espace de tous les possibles et pactise avec le lecteur pour une suspension consentie de l'incrédulité. Dans son univers, le surnaturel côtoie la trivialité du quotidien, l'humanité rigide est tournée en dérision, la mélancolie devient matière à rire. La charge poétique du Sens de la vie se dresse comme un rempart face aux absurdités en tous genres. Chacune des saynètes de l'artiste dessine une alternative à la réalité «obligatoire» et réactivent l'enfance insoumise du regard. C'est peut-être ça aussi, le sens de l'Art.

Vernissage 
Mercredi 25 février 2026 
à partir de 18h 
en présence de l'artiste

Lecture, projection et boissons
Vendredi 13 mars 2026 à 19h

Exposition 
Du jeudi 26 février 
au samedi 28 mars 2026

PARIS | Chapon - 21
21 rue Chapon 75003 Paris
Mercredi > Vendredi 13h30 - 19h
Samedi 12h - 19h